> édito

 

Quand j’avais 10 ans, alors que le mur de Berlin s’écroulait, l’Europe apparaissait aux enfants de ma génération comme l’horizon d’un vivre ensemble supranational basé sur des valeurs de paix et de générosité. Petite fille provençale, française, européenne, mais surtout citoyenne du monde.

Aujourd’hui l’Europe s’effrite sous les coups de butoir du repli sur soi, d’un retour des nationalismes, de la peur de l’autre. Des pays souhaitent sortir de l’Europe et d’autres en faire une forteresse protégée par des murs d’un autre temps.

Quel horizon, quelle espérance pour les enfants qui ont 10 ans aujourd’hui ?

Ceux d’ici, de la Villeneuve et de l’agglomération grenobloise, que nous invitons de plus en plus à circuler pour aller à la rencontre de l’autre à travers un partage sensible. Encore et toujours affirmer la capacité de la culture à créer du lien. Nommer ses émotions, confronter son regard, écouter l’écho de la poésie à l’intérieur de soi et sur le monde.

Ceux d’ailleurs. Jetés sur les routes par la guerre et l’impossibilité de construire un avenir. Cette saison nous suivrons Zou, l’enfant qui passe les frontières muni de son nez de clown, le Grand et la Petite qui cherchent un petit tapis où poser leurs souliers, Nafi, le garçon à la valise, et sa compagne de route Krysia, enfants déracinés qui fuient leurs pays. Faisons le chemin avec eux qui sèment, sur leurs passages, des petits cailloux blancs, poucets d’aujourd’hui. Et écoutons leurs histoires, puisque c’est avec elles pour bagages qu’ils entreprendront et réussiront le long voyage. Car l’art donnera à ces enfants la force de braver les montagnes, de franchir les frontières.

Et nous aurons l’art et la culture en partage pour réinventer demain.

Lucie Duriez